La lettre à nos lecteurs
Deux poids, deux mesures!
Le tabagisme? Un vrai business dans lequel la Confédératon trouve largement son compte. D’abord parce c’est un sujet très porteur qui, avec les taxes sur le tabac, rapporte pas mal d’argent dans les caisses de la Confédération. Ensuite parce qu’on a suffisamment noirci le problème pour que les Suisses soient définitivement effrayés par les conséquences de cette dépendance. Jamais on n’a mis en cause le comportement de l’industrie du tabac. Or, si le tabagisme induit une dépendance physique, des recherches faites au Collège de France (INSERM) ont récemment confirmé, à partir de travaux sur l’animal, que la nicotine seule ne suffisait pas à induire cette dépendance. Outre la nicotine, la fumée de tabac contient de nombreux composants chimiques, et notamment des substances qui incitent à cette dépendance. Pourtant, jamais on n’a remis en cause une industrie qui triche sans vergogne.
Selon une enquête menée par le CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois) et appuyée par l’OFSP, en moyenne 58% des femmes et 48% des hommes sont en surpoids. Ce constat, on le fait à dates plus ou moins régulières, et l’on s’aperçoit ainsi que le problème prend des dimensions catastrophiques. En plus, l’OFSP admet que les dépen-ses induites par ce fléau nous coûtent le lard du chat (5,7 milliards de francs par an en Suisse en 2007, derniers chiffres disponibles), et l’on ne fait rien. Tout comme l’Office mondial de la santé (OMS), qui se contente de rapports affolants. «L’obésité est une maladie chronique qui est désormais si répandue qu’elle se substitue aux problèmes de santé publique traditionnels que sont la dénutrition et les maladies infectieuses.» Ce rapport a été communiqué en 2003. Depuis? Circulez, il n’y a rien à voir.
Il n’y a pas si longtemps pourtant, le Dr David Kessler, médecin, avocat et ancien commissaire à la Food and Drug Administration (FDA) des Etats-Unis, montrait du doigt l’industrie alimentaire. «Elle tient de beaux discours sur la volonté de revoir ses produits, pour les rendre plus sains. Mais les nouveaux aliments qu’elle met sur les tablettes sont toujours aussi mauvais pour la santé. Ses campagnes de publicité nous invitent sans cesse à manger trop et mal. On ne peut pas s’en étonner. Comme l’industrie du tabac, l’industrie alimentaire a pour mission de nous faire consommer davantage.»
Et il poursuit avec une analyse qui nous concerne également: «Le plus surprenant, en fait, c’est que les autorités de la santé publique ne s’en soucient guère On perçoit souvent les choix alimentaires comme des choix entièrement personnels. On se dit que c’est une question de goût, de coût et de commodité. On sous-estime complètement l’influence du marketing.»
Le Dr David Kessler termine par ces mots: «Bien sûr, chaque individu doit prendre ses responsabilités en mangeant raisonnablement et en faisant de l’exercice. Mais cela ne suffit pas. Nous sommes devant un problème de société majeur, et il faut prendre les grands moyens pour s’y attaquer. Je crois qu’une réglementation plus sévère s’impose. On peut penser par exemple à restreindre les publicités sur la malbouffe, imposer une taxe sur les aliments «camelote» ou subventionner les aliments sains.»
Merci, docteur, je suis sûr que l’OFSP se penchera sur le problème et que, disons... dans dix ans, les fonctionnaires tireront la sonnette d’alarme. Pour l’instant, l’OFSP et davantage encore SantéSuisse, l’association faîtière moribonde de la branche de l’assurance maladie sociale préfèrent se pencher sur le prix des médicaments dans notre pays. C’est plus racoleur et ça leur donne une bonne conscience.
Citons enfin la doctoresse Dürrer Schutz, spécialiste en nutrition (voir page Santé – Obésité), qui nous dit: «C’est un scandale ce qu’on laisse manger aux enfants dans les cantines scolaires. Un élève qui vient consulter me disait que toutes les semaines il y avait des pâtes carbonara.» Bon appétit!
Jean-Claude Marti
Le témoignage du Dr Kessler a été repris d’une enquête
de Mme Marion Nestle, professeure en nutrition et en santé publique, Université de New York.

