© Chapelhall B & N – Ecureuil

Pratique fondée sur la méditation, la pleine conscience ou mindfulness, a d’abord été développée avec un objectif thérapeutique. Avec ses nombreux bénéfices validés scientifiquement, elle a su séduire un plus large public à la recherche de sérénité ou désireux de développer une meilleure connaissance de soi.

En 1975, le docteur Jon Kabat-Zinn développait aux États-Unis une pratique méditative inspirée de la méditation bouddhiste, la Mindfulness based stress reduction (MBSR), destinée à combattre stress, peur et douleur chez les malades. Aujourd’hui, la MBSR est pratiquée dans plus de 200 hôpitaux américains en tant que thérapie complémentaire dans le traitement de nombreuses maladies, et rencontre un succès grandissant en Europe, et en Suisse où elle est de plus en plus souvent intégrée aux protocoles de soins hospitaliers. Cependant, au-delà de ses effets thérapeutiques prouvés, elle constitue pour nombre de pratiquants une manière de vivre qui ouvre le champ des possibles et agit tel un révélateur sur l’existence.

Ici et maintenant, vivre au présent

À l’heure où les sollicitations du quotidien ne cessent de croître et où nos rythmes de vie nous propulsent en permanence dans le futur, la méditation de pleine conscience se propose de nous offrir un moment pour profiter de l’instant présent. Contrairement à la relaxation qui permet d’atteindre un état de détente sur les plans physique et mental, la pleine conscience nous met en contact direct avec le «ici et maintenant». Durant un programme de huit semaines, les instructeurs MBSR enseignent aux apprenants l’art de l’observation. Pensées, sons, sensations, émotions et ressentis sont au cœur de la pratique. Il s’agit ici de porter intentionnellement notre attention sur les expériences internes et externes sans émettre le moindre jugement, simplement observer, pour finalement parvenir à prendre conscience que mes pensées ne sont que des pensées, et non la réalité. «De fait, cela permettra de s’en distancier et d’éviter qu’elles polluent inconsciemment le moment présent en nous apportant de la tristesse par exemple», explique Lothar Bielke, instructeur MBSR agréé.
En effet, notre esprit est continuellement traversé par un flot de pensées, des plus superflues aux plus négatives: scénarios catastrophe montés de toute pièce, souvenirs ressassés à l’envie, jugements sur soi, interprétations mentales sans lien avec la réalité, etc. Sur la durée, la nature obsédante de ces pensées crée un stress interne responsable de réactions psychologiques et physiologiques qui, à leur tour, entraînent des maladies, de l’ulcère gastrique à la dépression. Un exemple de la nature obsédante des pensées? Essayez, pendant trente secondes, de ne pas penser à un éléphant rose…

Une technique psychocorporelle comme une autre?

De nombreuses études scientifiques ont été menées autour des effets réels de la méditation de pleine conscience, et cette dernière trouve un écho de plus en plus attentif auprès des communautés médicales et scientifiques. Elle permet de diviser par trois les risques de rechute après une dépression (John Teasdale, Oxford, 2002), d’améliorer la qualité de vie, de mieux gérer l’intensité des douleurs en cas de fibromyalgie (Paul Grossman, Bâle, 2007), de booster les défenses immunitaires ou encore de tempérer les effets de traitements anticancéreux (American Cancer Society, 2014). Avec plus de 350 études publiées à ce jour et validant les bienfaits de la méditation sur plusieurs aspects de la santé, la MBSR se démarque sans conteste de la plupart des pratiques psychocorporelles dites de bien-être. En outre, l’effet apaisant de la mindfulness, par la pratique régulière, se fait de plus en plus souvent ressentir dans la vie quotidienne: il n’est ainsi pas rare de se retrouver en pleine conscience, «ici et maintenant», que ce soit en lavant la vaisselle ou en participant à une réunion de travail.

Interview

Comment définiriez-vous la méditation de pleine conscience ou mindfulness?
Lothar Bielke: Pour reprendre la définition proposée par Jon Kabat-Zinn, je dirais qu’elle consiste à porter consciemment une pleine attention aux sensations corporelles, aux émotions, aux pensées, aux sons et bien sûr au souffle. Il s’agit d’être pleinement présent, comme un témoin, sans porter de jugement, sans rien vouloir changer à ce qui se passe en nous et autour de nous, même si cela peut se révéler parfois difficile.

Est-elle liée, d’une manière ou d’une autre, à une pratique religieuse?
L.B.: Absolument pas! Elle s’inspire de traditions anciennes venues du bouddhisme, mais elle a été adaptée par Jon Kabat-Zinn. Désormais, elle incorpore des méthodes inspirées par les neurosciences notamment, ce qui en fait une pratique accessible à tous et totalement laïque.

S’agit-il d’une thérapie à proprement parler, à l’image de la psychanalyse ou des psychothérapies?
L.B.: Il ne s’agit pas d’une thérapie, mais plutôt d’une approche complémentaire car elle a de véritables effets thérapeutiques. Par exemple, dans le cas des troubles anxieux, elle permet de prendre de la distance avec les pensées négatives, de devenir spectateur, de se dire «je ne suis pas mes pensées» et de se recentrer.

Quelles sont les particularités de la mindfulness based stress reduction (MBSR)?
L.B.: La MBSR, ou réduction du stress basé sur la pleine conscience, a, à l’origine été conçue par Jon Kabat-Zinn pour diminuer le stress des malades en cas d’affection grave, de traitements lourds ou de douleurs chroniques. Mais le champ d’application du programme s’est rapidement élargi à d’autres domaines de la santé, mais aussi du monde au travail. Désormais, la méditation de pleine conscience permet à chacun d’observer les causes de ses souffrances et d’apprendre à les accepter, à ne plus se juger et à répondre au lieu de réagir.

Comment se déroulent les séances?
L.B.: Le programme dure huit semaines, soit une trentaine d’heures au total, avec des rencontres chaque semaine. Des exercices sont également à pratiquer chez soi entre les séances. On enseigne les bases de la méditation et certaines techniques comme le body scan ou la méditation en marchant, et on partage les expériences vécues pendant les séances car elles aident les participants à avancer dans leur pratique. Par exemple, je me souviens d’une participante qui, lors de ses séances, seule chez elle, avouait ne pas parvenir à méditer en raison d’un trop grand nombre de pensées qui affluaient. Le partage de son expérience lui a montré que méditer, ce n’est pas ne pas avoir de pensées. Au contraire, c’est normal d’avoir des pensées, mais la MBSR nous apprend à les traiter comme telles: des pensées, et non la réalité, et à s’en distancier.

Quels en sont les bénéfices?
L.B.: La pleine conscience a une action directe sur le stress auquel nous sommes confrontés tous les jours, elle aide à prendre du recul par rapport aux pensées et aux auto-jugements. Elle nous apprend à vivre dans le moment présent, et non plus dans le passé ou le futur qui ont tendance à nous rendre nostalgique ou anxieux. Avec une pratique régulière, ses bienfaits se font sentir au quotidien par une pleine conscience de tous les moments, la faculté à se recentrer, à accepter les périodes négatives et à mieux vivre nos émotions. Car la méditation ne nous éloigne pas de nos émotions, ne nous transforme pas en robot, bien au contraire! Elle nous aide aussi à mieux appréhender le ressenti de notre entourage, à mieux le comprendre, ce qui améliore les relations et la communication.

C’est donc une manière de vivre?
L.B.: Oui, c’est une forme de réveil. Le fait d’être plus conscient du moment présent et de vivre dans l’ici et maintenant durant la pratique méditative finit par rejaillir sur notre vie quotidienne. Nous développons des qualités de compassion et de bienveillance que nous utilisons dans tous les domaines, et en particulier dans nos interactions sociales, par exemple en augmentant notre capacité d’écoute et en offrant une présence de qualité à notre entourage.

Y a-t-il des contre-indications à la pratique de la méditation?
Non, il n’y a pas de contre-indications. Cependant, dans certaines situations comme une dépression en phase aiguë ou des troubles dissociatifs de la personnalité, elle est déconseillée car elle risque d’aggraver la rumination des pensées négatives et la personne pourrait rencontrer des difficultés à se distancier de ses idées. C’est pourquoi je réalise toujours un entretien individuel avec les participants avant de les intégrer à un groupe de MBSR.

Avec Lothar Bielke, instructeur MBSR agréé

Membre de l’association MBSR suisse, Lothar Bielke a découvert la méditation après un long séjour en Inde et au Népal. De retour en Suisse, il a choisi d’approfondir les différentes approches de la méditation de pleine conscience. Instructeur MBSR formé notamment auprès de Jon Kabat-Zinn, Lothar Bielke organise des cours de MBSR à Lausanne, Neuchâtel et Vevey.

© Moyan Brenn – Méditation

Lothar Bielke –

Johnson Wang – Pierres

EFR/AllTheContent News Agency

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