La timidité est un trait profondément humain. Tout bambin en a déjà fait l’expérience dans certaines situations, telles que saluer un inconnu ou prendre la parole devant ses petits camarades. Cependant, mal vécu ou diabolisé, ce sentiment peut entraîner une vraie souffrance.

Manque d’audace, effacement, sentiment d’insécurité, introversion, la timidité revêt de multiples visages. Mais comment définir cette émotion qui ne relève pas de la pathologie? «Il est difficile de généraliser, explique le docteur Dante Trojan, pédopsychiatre et psychothérapeute au Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SPEA) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). De nombreux enfants peuvent être qualifiés de craintifs. Or cette tendance s’exprime différemment chez chacun d’eux. Elle change aussi en fonction de l’endroit ou de la situation dans lesquels elle se manifeste.» Il s’agit donc d’un phénomène variable et très répandu, pourtant souvent perçu comme un défaut.

Des gènes qui gênent

Bien que controversées, des recherches scientifiques menées aux Etats-Unis indiqueraient une prédisposition génétique à la timidité. Ainsi, certains bambins posséderaient un profil neurochimique distinctif qui les rendrait particulièrement effarouchés: «S’il y a un gène spécifique, je ne le connais pas encore, sourit le docteur Trojan. Comme pour tout, il existe sûrement une inscription génétique quelque part, mais liée à un ensemble de gènes et non à un seul isolé.» S’il s’avère réducteur d’expliquer les comportements craintifs uniquement par un héritage physiologique, le cadre familial joue un rôle indéniable dans leur développement. Un bambin aux parents trop sévères ou rigides peut se sentir paralysé et avoir de la difficulté à s’affirmer. A l’inverse, les familles qui idéalisent excessivement leur chérubin risquent de présenter un frein à son évolution naturelle.

L’effet boule de neige

A quel moment la timidité est-elle considérée comme un obstacle? Quelle est la frontière entre une manifestation courante et une orientation maladive? Il s’agit surtout d’une affaire de degré. En effet, les personnes, lieux et situations considérés comme anxiogènes varient d’un enfant à l’autre. Le fait de ressentir une appréhension à devoir tenir un exposé devant la classe ou jouer dans une pièce de théâtre est relativement normal. Mais si des réactions de crainte émergent lors de circonstances banales ou dans des proportions plus extrêmes, il convient de se poser certaines questions: «Avant tout, il est important de comprendre comment l’enfant concerné vit cela, souligne le docteur Dante Trojan. Si cette timidité est ressentie comme un poids ou un handicap, alors il faut entreprendre quelque chose.» Dès le moment où le père ou la mère constate un malaise récurrent, un refrènement des activités ou encore des aspects phobiques, la timidité est probablement l’expression d’une souffrance plus profonde. Le risque? Elle peut engendrer un cercle vicieux. A terme, le fait de se dérober constamment peut augmenter le sentiment d’échec et diminuer l’estime de soi. Les situations ou les personnes esquivées par l’enfant conservent leur potentiel angoissant, et c’est ainsi que d’évitement en évitement, se crée un mécanisme duquel il est ensuite délicat de s’extirper, surtout à un jeune âge.

Dialogue et réconfort

«Ce qui est dangereux, c’est le repli sur soi, prévient le pédopsychiatre. L’être humain, et en particulier l’enfant, est par définition relationnel. Un renfermement ou des conduites inhibées ne sont pas bon signe.» Ainsi, un petit qui souffre de sa timidité devrait pouvoir demander du soutien. Or, pour un enfant, formuler cela à un adulte demeure une démarche peu aisée. Résultat? La situation risque de s’aggraver et les réflexes psychiques de s’ancrer plus profondément. C’est donc aux parents de réagir. Bien qu’il ne faille évidemment pas se ruer chez un thérapeute, il convient néanmoins de ne pas dramatiser le recours à un professionnel: «Si un enfant semble en avoir besoin ou si ses réflexes de pudeur entravent son processus d’apprentissage, il faut pouvoir l’aider», note le docteur Trojan. Ni malédiction, ni fin en soi, la timidité se vainc donc très bien pour peu que vous l’ayez identifiée et que vous puissiez en parler ouvertement en famille. En effet, une écoute bienveillante sera votre meilleur allié pour ne plus voir votre bout de chou avec le rouge aux joues.

Exercice spécial timide:

  1. Constituez avec votre enfant un hit-parade des situations qu’il juge angoissantes. Identifiez chaque cas et déterminez son degré de malaise avec un visuel simple (bonhomme triste, bonhomme apeuré, bonhomme neutre, etc.).
  2. Exposez progressivement votre petit aux situations qu’il redoute. Pour commencer, aidez-le à faire face à celles qui l’effrayent le moins, puis, graduellement, placez la barre plus haut. Rappelez-lui que vous êtes toujours là en cas de besoin.
  3. Evaluez ensemble ses résultats. Comparez son niveau d’anxiété avant et après l’exercice. Le simple fait de les affronter avec le soutien de son papa ou de sa maman diminuera déjà son appréhension. N’oubliez pas de le féliciter pour ses efforts et ses progrès.

FNA/AllTheContent

Avec le docteur Dante Trojan, pédopsychiatre et psychanalyste au Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SPEA) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Plus spécifiquement, le docteur Trojan exerce au Centre de traitements psychanalytiques (CTP), créé par le SPEA, dans le but de donner une place cohérente aux soins psychanalytiques dans la psychiatrie publique. Au sein de cette unité, son travail se concentre sur deux axes: d’une part, maintenir la pensée psychanalytique dans la clinique psychothérapeutique, d’autre part, donner la possibilité à la population consultante d’avoir accès à une cure psychanalytique.

Comments are closed.