Copyright: AllTheContent / Pixabay/rkit – Au niveau mondial, on estime que 845’000 tonnes de mégots terminent en détritus chaque année.

L’Unité d’épidémiologie populationnelle des Hôpitaux universitaires de Genève a été mandatée par le CIPRET-Genève pour réaliser une enquête visant à déterminer les connaissances et les perceptions des Genevois sur les aspects environnementaux et sociaux du tabagisme. Voici ce qu’il ressort de cette étude…

Plus de 800 participants, de 20 à 79 ans, ont répondu à l’enquête, la majorité étant non fumeuse. L’étude a été divisée en plusieurs parties, afin de sonder les perceptions de la population sur les différents aspects du tabagisme. Les résultats ont ensuite été corrélés au statut tabagique, au niveau de formation et aux revenus des répondants.

Une pensée pour les milieux défavorisés

En grande majorité, les participants à l’enquête sont conscients du fait que les personnes évoluant dans un contexte socio-économique difficile sont les principales victimes du tabagisme. En effet, près de la moitié d’entre eux estiment que les personnes défavorisées ont plus de risque de tomber dans le tabagisme que celles issues d’un milieu plus aisé. Et leur compassion ne se limite pas à leurs concitoyens: ils sont plus de deux tiers à penser que la culture du tabac contribue à l’exploitation des populations de certains pays en voie de développement, où la population subit des conditions de travail indécentes.

Mais plus de la moitié ignore que les personnes à faible revenu ont également plus de risque de contracter une maladie due au tabac. Or, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 80% des décès prématurés dus au tabagisme surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. En outre, le tabac accroît les problèmes de santé des plus pauvres, qui consacrent plus de budget à leur addiction qu’à une alimentation saine.

Enfin, la majeure partie des participants perçoit le tabagisme comme un véritable fléau à éradiquer: ils estiment en effet que les emplois inhérents à la culture, à l’industrie et au commerce du tabac ne justifient pas la poursuite de cette activité, au regard des problèmes de santé dus au tabac. Une opinion principalement formulée par les non-fumeurs.

Une pollution reconnue de tous

Les résultats de l’étude montrent que les problématiques environnementales sont dans tous les esprits et au cœur des préoccupations: plus de 60% des participants valident le fait que les activités liées à la production et à la commercialisation du tabac sont une importante source de pollution. À juste titre, la moitié du panel estime que les mégots contribuent largement à la pollution chimique des eaux (une large majorité juge d’ailleurs inacceptables les mégots jetés dans l’espace public). Il s’avère que la fabrication des produits du tabac génère chaque année 2 millions de tonnes de déchets solides, selon l’OMS. Plus en amont, la culture du tabac nécessite de grandes quantités de pesticides et d’engrais toxiques, qui peuvent polluer les sources d’approvisionnement en eau. Un fait connu d’une personne sur trois seulement.

Sans doute parce qu’ils se sentent moins concernés par le phénomène (l’éloignement géographique aidant), les répondants sont en revanche peu nombreux à évoquer le problème de déforestation inhérent à la culture du tabac dans certaines régions du globe. Pourtant, chaque année, la culture du tabac utilise 4,3 millions d’hectares de terres, ce qui entraîne une déforestation de 2% à 4% à l’échelle mondiale.

Un appel aux pouvoirs publics

La Convention-cadre de l’OMS – qui guide la lutte contre le tabagisme dans le monde depuis 2005 – a été signée par 168 pays (dont la Suisse et l’Union européenne): il apparaît que plus de la moitié des pays du monde ont appliqué au moins une des mesures préconisées par cette convention, notamment pour empêcher l’industrie du tabac d’intervenir dans les politiques gouvernementales. En Suisse, dans le cadre de sa stratégie « Santé2020 », le Conseil fédéral a renforcé sa politique de prévention du tabagisme. Même si tous les cantons ne sont pas aussi impliqués dans la lutte antitabac, plusieurs initiatives ont vu le jour sur le territoire: loi sur les produits du tabac destinée à protéger les plus jeunes, restriction de la publicité, campagnes de prévention (SmokeFree, menée par l’Office fédéral de la santé publique), projet « cool and clean » pour des établissements sportifs non fumeurs, sont tout autant d’actions destinées à réduire la consommation de tabac.

Malgré ces efforts, le rôle des pouvoirs publics dans la lutte antitabac semble relativement méconnu de la population. La plupart des sondés estime que les autorités devraient prendre des mesures pour réduire l’ensemble des nuisances liées au tabagisme (odeur, bruit, pollution), à croire que rien n’a été entrepris en ce sens jusqu’à présent… Une large majorité pense notamment que ces actions devraient cibler en priorité la préservation de l’environnement (air, sols et eaux). Au final, ils sont tout de même 66% à estimer que les politiques devraient purement et simplement limiter l’industrie du tabac, compte tenu des coûts et les problèmes environnementaux et sanitaires qu’elle entraîne.

Un gouffre financier souvent ignoré

En Suisse, le tabac provoque chaque année 9500 décès prématurés, soit 25 décès par jour. Les coûts supportés par la collectivité se chiffrent par milliards: 1,7 milliard de francs par an pour financer les traitements médicaux, auquel s’ajoute un manque à gagner de 3,9 milliards de francs par an dû aux incapacités de travail de courte ou de longue durée des fumeurs qui tombent malades(www.bag.admin.ch). Bien que les connaissances concernant les coûts inhérents au tabagisme soient très sporadiques, près d’un tiers des répondants ayant un avis sur la question ont correctement estimé les coûts annuels supportés par la population suisse pour les soins médicaux aux fumeurs et les pertes économiques.

Même constat concernant la gestion des déchets: la majorité des répondants n’ont aucune idée du volume de déchets produits par le tabac chaque année, ni des coûts que cela représente en termes de traitement. Dans l’enquête, le traitement des déchets (ramassage et élimination des mégots et emballages) dans le canton de Genève a été estimé à Fr. 600’000.- Un chiffre qui semble bien loin du compte, au regard des 200 millions de francs investis tous les ans par les collectivités suisses pour lutter contre le littering (qui concerne tous les déchets sauvages).
Au niveau mondial, on estime que 845’000 tonnes de mégots terminent en détritus chaque année, soit le poids de plus de 140’000 éléphants! La plupart du temps, ils finissent leur vie dans les océans (ils représenteraient 40% des déchets de la mer Méditerranée)(www.stop-tabac.ch). Quid du canton de Genève? Chaque année, des centaines de millions de mégots se retrouvent sur le bitume genevois. Certains pointent du doigt l’interdiction de fumer dans les lieux publics, qui en poussant les fumeurs dehors, n’aurait fait qu’accroître la pollution des rues. Il apparaît en effet que parmi les fumeurs ayant répondu à l’étude, ils sont à peine 40% à avoir utilisé un cendrier de poche. Pourtant, la majorité d’entre eux avoue que c’est un excellent moyen de prendre conscience de la quantité de mégots générée par leur consommation de tabac. L’objet n’a en revanche aucun effet sur leur motivation à cesser de fumer…

To smoke or not to smoke…

Sans surprise, de nombreuses disparités apparaissent selon le statut tabagique (fumeurs ou non-fumeurs) des répondants. Elles se traduisent notamment lorsqu’il est question des nuisances (odeur, bruit, pollution), où les fumeurs sont évidemment plus « tolérants » face à leur propre comportement. Même constat pour les questions se rapportant au rôle des pouvoirs publics: les attentes des fumeurs sont moins ambitieuses. Tous apparaissent cependant sensibles aux problèmes environnementaux causés par le tabagisme, même s’ils n’ont pas vraiment conscience des coûts réels entraînés par l’élimination de ces polluants.
« Cancer », « odeur », « addiction », « fumée », « dépendance » et « maladie » sont les principaux mots-clés évoqués par la catégorie des non-fumeurs lorsqu’on leur demande ce que leur inspire la consommation de tabac. Mais pour les fumeurs, pourtant sensibilisés aux dangers du tabac sur la santé et à son impact sur l’environnement, cette addiction reste avant tout un plaisir. Un gros travail de persuasion reste donc à réaliser pour amener cette catégorie de la population à renoncer définitivement à son poison quotidien.

Les résultats de l’enquête initiée par le CIPRET-Genève s’avèrent en définitive plutôt encourageants: les populations commencent doucement à percevoir l’impact désastreux du tabagisme sur le développement des personnes et des pays. Une prise de conscience collective indispensable à l’avènement d’un monde sans tabac…

FBR/AllTheContent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *