Le discret calvaire des enfants dodus

Il fut un temps où l’embonpoint chez les enfants était considéré comme une garantie de santé. Les adultes aimaient pincer leurs joues roses et leur donner des surnoms affectueux dont ils ne remarquaient même pas le caractère blessant. Par-delà les problèmes de santé et les mauvaises habitudes, l’obésité enfantine constitue aussi un obstacle majeur au développement de la personnalité à des âges critiques. Témoignage.

Christophe est aujourd’hui un quadagénaire bien en chair mais pas gros pour autant. Il a eu une enfance choyée dans un milieu plutôt aisé et une bonne éducation. Pourtant, lorsqu’il repense à ses jeunes années, il ne voudrait en aucun cas les revivre. Lorsque nous avons vu ses photos d’enfance et d’adolescence, nous avons compris sans peine le surnom qu’on lui donnait alors : « Bouboule .» Un beau garçon certes, mais joufflu comme un angelot sorti des peintures de RaphaëI. Il n’a pu comprendre et raconter son histoire que bien plus tard.

Petit, vous souvenez-vous d’avoir été obèse ?

Pas vraiment. Enfant, j’étais dodu. Cela ne m’empêchait pas de cavaler avec les autres gosses ; j’étais simplement un peu à la traîne. Puis, à l’âge de 10 ans, on m’a envoyé pendant tout un été à la ferme de mes grands-parents. Ce devait être un séjour en plein air, ce fut une longue séance de gavage. Ma grand-mère ne m’imposait aucun exercice et me laissait toute la journée devant la télévision. En plus, elle se pliait en quatre pour me faire plaisir. Bons petits plats, desserts à profusion, tout y passait. Résultat, j’avais pris une dizaine de kilos en deux mois.

Comment vos parents ont-ils réagi ?

D’une manière pas très habile, quand j’y repense. Bref, ma mère a failli s’évanouir quand on m’a renvoyé en ville. Elle m’a aussitôt emmené chez un médecin. On m’a prescrit un régime appuyé par des comprimés coupe-faim radicaux. Et ce fut une catastrophe. Le médicament était dévastateur, il me dégoûtait de toute nourriture, et donc de la vie même. Je restais assis devant mon assiette et je pleurais.

Vous étiez donc toujours « Bouboule » ?

Eh! oui, j’étais bon dernier à la gym. Bon élève, je n’avais pourtant aucune confiance en moi-même. J’avais l’impression qu’aucune fille ne voulait de moi. En plus, j’étais devenu binocleux. On m’appelait « le Professeur ». Je ne communiquais à personne mon calvaire, faisant semblant de m’intéresser aux livres et à la science.

Comment vous en êtes-vous sorti ?

En fait, tout seul. Je me suis mis à faire de la marche et du vélo, à 17 ans. Au recrutement, j’ai réussi à monter aux barres verticales. J’ai persévéré dans les acti-vités physiques. La première fois que j’ai pu enfiler des jeans serrés, je ne vous raconte pas le bonheur.
Il n’empêche que je n’ai jamais pu me défaire de ma timidité…

Extrait : Promotion Santé suisse.

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