Huit mètres de long pour une surface de contact de 400 m2, soit deux terrains de tennis! L’intestin a longtemps été réduit à un simple tube assurant le tri et l’assimilation des aliments ingérés. Pourtant, depuis quelques années, la médecine s’intéresse de plus en plus à cet organe qui assure en réalité des fonctions aussi importantes que celles du cœur ou du cerveau. A tel point qu’il est désormais surnommé le «deuxième cerveau».

Le microbiote, notre armée de l’ombre

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Si la recherche s’est penchée plus sérieusement sur le rôle de l’intestin dans l’apparition de maladies au cours des dernières années, c’est en partie en raison de l’augmentation des troubles digestifs depuis un demi-siècle. L’autre raison, moins ragoûtante, est issue de plusieurs traitements réussis de maladies intestinales récalcitrantes par greffe fécale. Cette transplantation consiste tout simplement à introduire dans un intestin malade les selles d’un donneur sain afin d’éradiquer la maladie en reconstituant la flore digestive. Appelée également microbiote, la flore intestinale joue un rôle capital dans le fonctionnement de l’organisme humain, comme le constatent de plus en plus souvent les chercheurs. Constitué de virus, de champignons et de bactéries, le microbiote ne compte pas moins de 100’000 milliards d’organismes, soit 1,5 kg chez l’adulte, dont l’objectif est de protéger le corps grâce à leurs qualités immunitaires et nutritives, mais également cognitives, comme le prouvent les plus récentes études.

Un second cerveau, impliqué dans de nombreuses pathologies

Cerveau et intestin dialoguent en permanence en utilisant plusieurs canaux biologiques, et les bactéries semblent être les messagères personnelles de ces deux organes. La recherche est même parvenue à démontrer que les bactéries communiquent entre elles, comme des neurones, grâce aux neurotransmetteurs. Cette découverte récente a immédiatement convaincu les professionnels de santé d’étudier le lien entre microbiote et maladies. En matière de santé mentale, il apparaît ainsi que l’autisme, la schizophrénie et les dépressions s’accompagnent systématiquement d’une anomie de la flore intestinale. Des médecins américains sont même parvenus à améliorer les manifestations de la schizophrénie chez plusieurs patients avec un simple régime sans gluten…

Les quelque 10’000 études menées sur le sujet depuis 2012 montrent une implication du microbiote dans un nombre très important de pathologies, depuis le syndrome de l’intestin irritable jusqu’aux maladies mentales en passant par certains cancers pour lesquels la flore intestinale entretiendrait le mal. Pour la communauté médicale internationale, l’étude du microbiote et de ses liens avec le cerveau ouvre des perspectives que personne n’avait connues depuis longtemps! Et la médecine n’est pas la seule impliquée: les entreprises agroalimentaires multiplient les investissements dans la recherche sur le microbiote, à l’instar de Nestlé.

Elodie France/AllTheContent News Agency

Pour en savoir plus: «Le charme discret de l’intestin», de Giulia Enders

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