Copyright: AllTheContent / Pixabay/osteoclinic - Les TMS touchent des millions de personnes à travers le monde.

Maux de dos, douleurs au niveau de la nuque, des épaules, des coudes ou des mains, voilà la triste routine de nombre d’employés en Suisse. Syndrome du travailleur, les troubles musculosquelettiques (TMS) touchent des millions de personnes à travers le monde. Parce qu’ils provoquent de nombreux symptômes communs à d’autres pathologies, les TMS sont complexes à diagnostiquer.

Selon le rapport «Fit For Work? Les troubles musculosquelettiques et le marché suisse du travail» (2010), 24% de la population active masculine et 16% de la population active féminine souffrent de TMS (troubles musculosquelettiques) d’origine en partie professionnelle. Le rapport souligne également que 26% des absences maladies sont dues aux TMS. Un coût estimé à 3.3 milliards de francs par an en termes de perte de productivité et à près d’un milliard par an en termes d’absences professionnelles.
Un problème de santé publique qui reste aujourd’hui difficile à maîtriser. Regroupant plusieurs pathologies, les TMS ne sont même pas tous reconnus par l’OLAA (Ordonnance sur l’assurance-accidents, art.14, annexe 1.2). La liste des affections dues à une activité professionnelle n’en présente qu’une infime partie. Une lacune présente dans la loi, comme dans les livres de médecine. Un vrai casse-tête, somme toute!

Que désignent les TMS?

Principalement liés au travail, les troubles musculosquelettiques (TMS) affectent les tissus mous associés à l’appareil locomoteur: membres supérieurs (nuque, épaules, bras, mains), membres inférieurs et colonne vertébrale. Un trouble inclut un ensemble clinique vaste et flou, des lésions aiguës et/ou chroniques, dont le substrat anatomique n’est pas toujours connu. Or, toute la science médicale est basée sur des critères précis, qui permettent de définir les caractères distinctifs de la maladie. On ne peut pas mettre sous un même toit des affections aussi différentes que les maladies du squelette d’origine inflammatoire, mécanique, dégénérative, fonctionnelle, voire psychologique. Ces diverses maladies peuvent toucher les os, les ligaments, les capsules articulaires, la musculature ou les gaines tendineuses. Il s’agit là de maladies différentes qui nécessitent des traitements différenciés basés sur l’origine de la maladie, l’hérédité et l’âge du patient, ainsi que sur les connaissances que l’on a de ces affections.
Le sigle TMS n’est donc pas un diagnostic mais une «expression parapluie» qui englobe différentes maladies consécutives à des activités physiques sollicitant l’appareil locomoteur: lombalgies, syndrome du canal carpien, bursite du genou (inflammation), polyarthrite rhumatoïde (inflammation destructrice des articulations), spondylarthrites (rhumatismes inflammatoires qui se présentent sous la forme de douleurs articulaires et rachidiennes parfois accompagnées de psoriasis ou de maladies digestives), etc.

Des troubles difficiles à diagnostiquer

Les TMS recouvrant un large spectre de pathologies, il s’avère difficile pour le médecin de définir quel mal touche son patient. Par exemple, comment étudier des syndromes comme celui du tunnel carpien? Enclavement du nerf médian au travers d’un canal, cette affection intervient le plus souvent durant la grossesse. Mais ce trouble musculosquelettique apparaît également à l’occasion de certains travaux qui provoquent des vibrations au niveau du poignet, produisant ainsi une lésion de ce nerf médian (ces affections se manifestent par des fourmillements au niveau des doigts de la main). Ou encore, comment distinguer la maladie de Dupuytren qui entraîne un déficit d’extension des doigts et n’a absolument rien à voir avec le syndrome du canal carpien? Finalement, comment étudier la maladie de Quervain qui est une tendinite affectant le tendon du muscle extenseur du pouce? Ces trois maladies n’ont absolument rien en commun. Pourtant, elles affectent toutes la main et présentent des symptômes similaires.
Évidemment, la complexité dans l’établissement d’un diagnostic ne s’arrête pas au niveau de la main, la même problématique peut être évoquée au niveau des membres inférieurs. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, on «bloque» à la suite d’un effort, c’est parce que l’articulation entre le sacrum et l’os iliaque – une des articulations importantes du bassin qui supporte le poids du corps – ne fonctionne plus. Il en résulte des répercussions sur les membres inférieurs pouvant aller jusqu’au niveau du talon. Le patient présente de contractures musculaires qui engendrent une gêne à la marche, en position debout ou en position assise. Ainsi, ces affections sont très différentes les unes des autres et il convient de ne pas toutes les mettre dans le même sac. Elles n’ont, en définitive, rien à voir entre elles, leur seul élément commun étant la douleur et le trouble fonctionnel concomitant qui en découle.

Des thérapies variées

Il existe une grande diversité de troubles musculosquelettiques. Un phénomène dû, entre autres, à la variété de métiers qui existent dans nos différents secteurs: la personne atteinte ne présentera pas le même type de troubles si elle travaille assise ou debout, si elle est mobile ou non ou si elle utilise plutôt ses bras que ses jambes. La plupart de ces troubles peuvent heureusement être soulagés efficacement via des traitements médicamenteux (antalgiques ou anti-inflammatoires non stéroïdiens) adaptés à chaque cas. Des solutions alternatives peuvent également être envisagées: infiltrations de corticoïdes, kinésithérapie et actes de chirurgie sont parfois nécessaires. En complément d’un autre traitement ou utilisée seule, l’électrostimulation peut elle aussi s’avérer bénéfique. Particulièrement adaptée aux lombalgies (ou autres douleurs dorsales) ou aux douleurs chroniques survenant après une blessure, cette méthode permet d’obtenir un soulagement rapide.

Les TMS sont encore aujourd’hui l’objet d’interrogations, voire de polémiques tant les enjeux économiques et sociaux sont importants: au delà des coûts, cela représente un nombre d’absences important et donc une baisse de productivité au sein des entreprises. Pourtant, comme justement relevé dans le rapport «Fit For Work», un TMS peut certes être handicapant, mais ne rend pas nécessairement l’employé inapte à la tâche. Si une personne souffre de maux de dos, on pourrait imaginer adapter son poste de travail, réduire ses heures quotidiennes ou lui proposer une activité différente de celle qui lui provoque ses douleurs en attendant que celle-ci se rétablisse. Ce genre de manœuvre a pour but de ne pas immobiliser quelqu’un qui n’a pas besoin de l’être. Vite isolé par des arrêts de travail indéterminés, le travailleur peut nourrir un sentiment négatif à son égard en se sentant inutile, par exemple. L’idée n’est donc pas de forcer les gens à travailler alors qu’ils sont malades, mais de trouver des solutions avec la collaboration des médecins afin que chacun puisse en tirer les meilleurs bénéfices, les entreprises, comme leurs employés.

FBR/AllTheContent

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