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Aujourd’hui, l’hypnose est utilisée dans les cabinets de psychothérapie, comme dans ceux des dentistes ou dans différents services d’hôpital. Balayez de votre esprit le cliché du prestidigitateur à la pendule.

De par sa nature même, l’hypnose est entourée de mystères. En effet, si l’on sait pourquoi cette technique est efficace, la recherche n’a pas encore pu déterminer comment elle fonctionnait. Les preuves scientifiques dont les résultats permettraient de mieux saisir ce qui ce passe exactement au niveau du cerveau en état d’hypnose, manquent encore. Pourtant, pour les médecins et psychologues qui la pratiquent, comme pour leurs patients, l’hypnose n’a rien de mystérieux. Il s’agit d’une méthode de modification de l’état de conscience, utilisée, entre autres, pour détourner l’attention d’une personne d’une douleur ou d’une angoisse.

Entre conscience et inconscient

L’hypnose ne s’apparente ni à l’éveil, ni au sommeil. En fait, c’est un état modifié de conscience: « On ne dort pas lorsque que l’on est sous hypnose, précise Ana Maria Droz. Cependant, comme en phase de sommeil, notre perception du temps est modifiée et l’accès à notre inconscient est facilité. »
L’état d’hypnose possède un autre point commun avec ceux de notre activité cérébrale puisqu’il s’agit d’un phénomène naturel: « Plusieurs fois par jour, on vit spontanément de légers états modifiés de conscience, explique Ana Maria Droz. Au volant par exemple, il arrive parfois que le conducteur reste attentif à la route, alors qu’une partie de son esprit est ailleurs. Une fois arrivé à la destination prévue, il peut ne pas se souvenir d’être passé par tel ou tel endroit. Il a pourtant suivi son chemin, fait attention aux piétons et s’est arrêté au feu rouge. Dans ce cas, le chauffeur n’est ni inconscient, ni endormi, mais dans un état proche de l’hypnose. Idem pour l’étudiant qui réfléchit pendant que parle le professeur. Il sait ce que ce dernier a dit, même s’il pensait à autre chose au moment du discours. »
Au niveau médical, on provoque volontairement l’état d’hypnose à des fins thérapeutiques. On peut également enseigner au patient l’autohypnose, pour s’en servir sans l’aide du psychologue ou du psychiatre.

Un outil médical

Les techniques utilisées aujourd’hui par les médecins et psychologues s’inspirent le plus souvent de celle de Milton H. Erickson. Ce psychiatre et psychologue américain a rendu à l’hypnose sa valeur d’outil thérapeutique (on parle d’ailleurs de techniques de type ericksonnienne): « Après s’en être servi au début de sa carrière, Sigmund Freud a décidé d’abandonner l’hypnose au profit de la psychanalyse, relève Ana Maria Droz. Selon lui, il était plus efficace de laisser parler le patient, la psychanalyse permettant d’établir des liens entre différents contenus et de rendre conscient ce qui ne l’est pas. Technique thérapeutique ancienne, l’hypnose est ainsi tombée en désuétude jusqu’à ce que les travaux d’Erickson la remettent au goût du jour à la fin des années 1940. »
Milton H. Erickson a mis au point une méthode non-directive, qui accompagne la personne en état d’hypnose. Le praticien ne donne plus des ordres à son patient du type « vos paupières deviennent lourdes », mais il l’aide à comprendre cette sensation « vous sentez vos paupières s’alourdir »: « L’hypnose non-directive permet d’entrer en contact avec son inconscient dans le but de maîtriser ses phobies ou ses douleurs, complète Ana Maria Droz. Le thérapeute suggère au patient de penser à quelque chose qu’il aime pour amplifier l’état d’hypnose. Cependant, il n’existe pas de séance standard. Elles sont toutes différentes à l’image de chaque personne. »

Une thérapie interdisciplinaire

Aujourd’hui, l’hypnose est utilisée dans nombre de situations: pour contrôler la douleur, soigner des phobies, des tics, des problèmes d’ordre sexuel, des douleurs chroniques ou aiguës, la migraine ou des syndromes de stress post-traumatique: « Suite à une agression subie dans la rue, certains personnes n’osent plus sortir de chez elles, relève Ana Maria Droz. Pour ce genre de problème, on peut conseiller quelques séances d’hypnose afin d’aider le patient à contrôler sa peur. Par contre, il est inutile de se rendre chez un hypnothérapeute pour se rappeler d’événements passés, comme le visage de l’agresseur, par exemple. Les contenus qui se trouvent dans l’inconscient ne se sont pas nécessairement produits dans la réalité. Ils peuvent être des rêves ou des perceptions subliminales. »
Mais, l’hypnose ne sert pas uniquement aux traitements d’ordre psychothérapeutique. Les médecins anesthésistes la pratique également en lieu et place de l’anesthésie médicamenteuse. Les dentistes y ont également recours, la relaxation étant tout de même plus agréable qu’une piqûre dans la gencive et la bouche endormie qui fuit à chaque syllabe. Dans les services des grands brûlés, l’hypnose est utilisée pour permettre l’exercice des soins infirmiers lors des changements de pansements qui sont extrêmement douloureux. En pédiatrie, elle joue également ce rôle complémentaire pour détourner la peur que les enfants très malades (cancer) peuvent avoir face à la seringue, par exemple.
Finalement, en psychologie comme en médecine, l’hypnose a pour but de traiter des soucis d’ordre ponctuel: « Dans le cadre d’une psychothérapie, il est très rare que l’on pratique une séance d’hypnose dès la première consultation même pour éliminer un tic, précise Ana Maria Droz. D’abord, on cerne le patient et ensuite, on peut envisager l’hypnose comme une partie du traitement. » De par le large spectre qu’elle couvre et son utilisation focalisée ou non sur un problème précis, l’hypnose s’avère un traitement efficace et naturel, qui plus est. Le mystère a parfois du bon.

Hypnose et anesthésie

L’utilisation de l’hypnose remonte à des temps anciens qu’il est difficile de dater. Plus ou moins à la mode selon les époques, elle connaît actuellement un renouveau tant en médecine qu’en psychologie. Au sein des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève), Alain Forster, médecin anesthésiste, a longtemps pratiqué l’hypnose en complément de l’anesthésie. Ce dernier étant aujourd’hui à la retraite, une équipe formée à cette technique thérapeutique a pris le relais: « En anesthésie, nous employons l’hypnose en consultation pour soulager la douleur ou lors d’interventions locales afin d’accroître le confort du patient, explique Edith Brandao Farinelli, anesthésiste hypnotiste aux HUG. Non seulement, nous réalisons une économie en utilisant une dose minime de calmants, mais surtout, la personne opérée ressent en général bien moins d’effets secondaires puisqu’on lui a administré une quantité diminuée de médicaments. » De plus, en participant à l’opération, elle ressent moins d’angoisse.
Cependant cette pratique reste encore assez confidentielle. La plupart du temps, c’est le patient qui lance l’idée: « Il faut un partenariat entre le patient et l’anesthésiste hypnotique, précise Edith Brandao Farinelli. Le souci en tant qu’anesthésiste, c’est que nous intervenons tard dans la chaîne de traitement du malade. Il n’est donc pas toujours évident d’instaurer ce genre de traitement, d’autant qu’au bloc opératoire, nous travaillons en équipe. »

Avec Madame Ana Maria Droz, psychologue, spécialiste FSP en psychothérapie

Membre ordinaire de la Fédération suisse des psychologues et de la Société d’hypnose clinique suisse, Ana Maria Droz est spécialisée en psychothérapie psychanalytique et en psychothérapie par hypnose. Elle a collaboré à la mise en place d’une cellule d’intervention d’urgence AGPsy avec le service psychologique de la Police de Genève.

SDR/AllTheContent News Agency

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