Quand l’ouïe se fait moins fine

Les difficultés à entendre et comprendre les autres touchent principalement les aînés. Or, la vieillesse n’est pas forcément la seule responsable lorsqu’on devient dur d’oreille.

Au début, les conversations se brouillent et deviennent difficiles à discerner sur un fond sonore animé, comme celui d’un restaurant. Puis vient cette impression que les gens articulent mal. En plus, le son de la télévision ne semble pas assez fort, alors que l’entourage se plaint du niveau auquel on l’écoute.

Si vous vous êtes déjà retrouvé dans ces situations, vous souffrez peut-être d’une perte d’audition. Celles-ci sont courantes chez les aînés : elles touchent 50% des personnes de plus de 65 ans, d’après la Fondation romande des malentendants. Si le degré du déficit varie selon les cas, la principale cause reste le vieillissement. Chez les seniors devenus durs d’oreille, on l’appelle « presbyacousie » (usure naturelle du système auditif ). Avec le temps, les cellules ciliées, qui tapissent l’oreille interne et qui servent à l’écoute, disparaissent. Chez l’homme, ces cellules ciliées et donc la fonction même d’entendre ne peuvent se régénérer – la surdité reste irréversible.

Une question d’âge, souvent

A partir de quel âge la situation se dégrade-t-elle ? «Normalement, les pertes d’ouïe dues à la vieillesse commencent après 50 ans, note le docteur Pascal Senn, médecin adjoint au Service d’oto-rhino-laryngologie (ORL) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Il est cependant difficile d’en distinguer les causes exactes chez un patient. Cela peut être l’âge, ou alors un problème génétique qui se manifeste tard dans la vie. En matière d’audition, il n’y a pas forcément une seule réponse : le diagnostic n’est pas noir ou blanc, mais souvent dans des teintes de gris.» D’autres facteurs que la vieillesse engendrent des pertes de l’audition. L’hérédité ou une prédisposition génétique pèsent dans la balance. Des lésions peuvent aussi être provoquées par des maladies ou certains médicaments.

L’exposition à des bruits trop forts, de façon ponctuelle ou répétée, peut aussi abîmer l’oreille de façon irréversible. En revanche, contrairement aux idées reçues, l’utilisation d’écouteurs et de casques à musique n’a pas provoqué une épidémie de déficits auditifs chez les jeunes. « En réalité, ceux qui souffrent le plus de pertes d’ouïe dues au bruit sont les personnes d›un certain âge qui ont travaillé dans l’industrie », explique le docteur Senn. A l’époque, les protections pour les oreilles n’étaient pas suffisantes, lorsqu’ils étaient au contact de machines bruyantes. C’est aussi le cas des militaires qui ont effectué des tirs au fusil ou de canons sans être suffisamment protégés. « Ces pratiques étaient beaucoup plus dangereuses pour l’ouïe que ce qui se fait aujourd’hui », relève le spécialiste. Toutefois, les jeunes ne sont pas à l’abri des problèmes d’audition. « Il arrive qu’un patient qui entend bien à 20 ans souffre d’un degré de surdité à 30 ans, à cause d’un problème génétique, infectieux ou autre », poursuit le médecin.

Comment décrypter les premiers signes ?

Un des premiers signes de la perte d’audition est lorsque l’on éprouve de la peine à comprendre les conversations sur un fond sonore. Le bruit de fond couvre les mots de l’entourage et empêche d’en saisir le sens. Le cas classique est lors d’un dîner dans une salle de restaurant. « La communication dans un environnement bruyant semble alors difficile », explique Pascal Senn. On a de la peine à comprendre les autres, alors qu’eux ne semblent pas avoir de difficultés. C’est un signe qui apparaît tôt.»

La surdité d’une oreille (avec une bonne audition de l’autre côté) peut être remarquée si au téléphone, on s’aperçoit qu’on entend moins bien d’une oreille que de l’autre. Parfois, il arrive que la personne concernée ne se rende pas compte de son déficit, et que ce soit son entourage qui le lui signale. En cas de doute, il est important d’aller consulter un ORL, qui effectuera un examen clinique de l’oreille ainsi qu’un test d’audition. Les causes banales d’une hypoacousie (diminution des capacités auditives), comme la présence d’un bouchon de cire, doivent être écartées en première ligne. Celui-ci peut bloquer l’audition, et être facilement ôté. «Une étude allemande a montré que certains patients avaient été appareillés, alors qu’il aurait suffi d’intervenir en débouchant l’oreille pour qu’ils retrouvent entièrement leur ouïe », relève le médecin. Ceux-ci n’avaient pas consulté un spécialiste avant de se rendre dans un centre d’audioprothèses. L’examen ORL permet aussi d’identifier des causes médicales de la surdité. En cas d’atteinte de l’oreille moyenne, abîmée par une infection, la chirurgie permet de reconstruire les structures nécessaires à l’audition, et ainsi de retrouver ses facultés. Dans certains cas d’hypoacousie, il arrive aussi qu’un implant soit une meilleure solution qu’un appareil auditif. Cela doit être analysé par le médecin.

La majorité des autres cas peuvent être appareillés. « Si c’est une solution qui satisfait de nombreux patients, cela n’équivaut pas à retrouver totalement l’ouïe. Ces amplificateurs sont notamment pénibles à utiliser lorsque le bruit de fond est important, puisqu’ils l’augmentent aussi », note Pascal Senn. Ces prothèses auditives permettent néanmoins une meilleure qualité de vie, car une surdité, même légère, peut vite devenir un handicap social. En plus d’engendrer des problèmes de communication frustrants, il peut pousser la personne qui en souffre à éviter les sorties avec ses proches, et à s’isoler.

Tatiana Tissot/Contenu & Cie

Le docteur Pascal Senn est médecin adjoint au Service d’oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale des Hôpitaux universitaires de Genève. Responsable du Centre des implants cochléaires, il participe à des projets de recherche internationaux pour améliorer les thérapies disponibles lors de pertes d’ouïe.

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