Copyright: AllTheContent / Pixabay - Après plusieurs nuits sans dormir, notre cerveau ne reconnaît plus le lit comme lieu de repos.

Copyright: AllTheContent / Pixabay – Après plusieurs nuits sans dormir, notre cerveau ne reconnaît plus le lit comme lieu de repos.

Le 18 mars dernier s’est tenue à Genève la première journée suisse du sommeil. L’occasion d’informer et sensibiliser le public sur le rôle majeur du sommeil dans notre vie, mais aussi d’apprendre à reconnaître les différents troubles qui touchent un quart de la population. Car dans notre société hyperactive et ultraconnectée, nos nuits ne sont plus de tout repos… Pour prévenir ce phénomène qui constitue un véritable problème de santé publique, l’éducation et une bonne hygiène du sommeil sont des musts. Explications.

Un bon sommeil est réparateur. Pourtant, nous dormons de moins en moins. Selon la Sleep National Foundation basée aux États-Unis, entre 1959 et 1992, la somme de sommeil attestée par les personnes d’âge moyen a diminué d’une heure par nuit, passant de 8-9 heures à 7-8 heures. Une étude du National Health Interview Survey a, quant à elle, démontré que la proportion de travailleurs qui dormaient 6 heures ou moins avait augmenté de 24 à 30 % en 20 ans. «C’est un phénomène généralisé dans les pays industrialisés, explique le docteur José Haba Rubio, spécialiste du sommeil. Nos propres recherches ont démontré que nous dormions entre une et deux heures de moins par nuit qu’il y a un siècle.»

Un mystère de la science

Si nous passons moins de temps dans les bras de Morphée, ce serait la faute à la société industrielle et, plus récemment, aux nouvelles technologies. «Depuis le début de l’humanité, nous avons vécu avec les cycles soleil-lune, précise le Docteur Haba Rubio. La découverte de l’électricité nous a permis d’être actifs jour et nuit. L’invention de la télévision et d’internet nous incite désormais à être connectés en permanence. Nous ne nous arrêtons jamais.»

On sait que le sommeil est présent sur la Terre depuis toujours, et que tous les êtres vivants dorment. Le fœtus dort déjà depuis sa vingtième semaine de vie. Cependant, ce phénomène demeure l’un des grands mystères de la science. «Le sommeil a certainement de nombreuses fonctions, mais nous n’avons pas encore découvert ses mécanismes moléculaires et cellulaires», déclare le spécialiste.

Des effets parfois dramatiques

Les conséquences du manque de sommeil peuvent être dramatiques. «La fatigue induit une somnolence qui, à son tour, provoque des accidents de voiture et du travail, reprend le docteur Haba Rubio. On sait que les grandes catastrophes de l’humanité, comme Tchernobyl et Fukushima, sont intervenues avec des équipes en manque de sommeil. Du fait que les facultés intellectuelles diminuent, on évalue mal le risque.»

En outre, à long terme, la fatigue a des effets néfastes sur la santé, avec un risque accru d’hypertension, d’infarctus du myocarde, d’obésité et de diabète. Certains scientifiques pensent même que le manque de sommeil est l’une des causes de l’obésité chez les adolescents américains. «Ces maladies s’installent petit à petit, pas sur une ou deux nuit», précise le médecin. Selon les chiffres du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil vaudois, 15 à 20% des gens souffrent de somnolence diurne et entre 4 et 6% de somnolence sévère. Bref, au fil du temps, le manque de sommeil est devenu un véritable problème de santé publique.

Une bonne hygiène de sommeil

Comment lutter contre cette tendance? «La première mesure à prendre est d’éduquer les gens afin qu’ils soient conscients de l’importance du sommeil et lui donnent la priorité», répond le docteur Haba Rubio. Selon lui, on devrait également adapter les horaires d’école aux rythmes des adolescents. «On sait que les jeunes ont une tendance à décaler leurs heures de sommeil, à se coucher tard et à dormir tard», dit-il.

Au niveau individuel, chacun est différent. Certains se sentent bien en dormant 6 heures, tandis que d’autres ont besoin de 9 heures. Reste que nous devrions tous adopter une bonne hygiène de sommeil et respecter quelques règles fondamentales. «Cela consiste à éviter de regarder la télévision ou de rester connecté à son ordinateur tard le soir. Il faut également renoncer aux activités intellectuelles et physiques avant d’aller au lit, relève l’expert. Faire du vélo d’appartement, par exemple augmente la température corporelle, alors que c’est quand celle-ci chute que l’on s’endort.»

Réapprendre à dormir

L’insomnie est le trouble du sommeil le plus fréquent. Alors, l’industrie pharmaceutique a développé des médicaments à base de benzodiazépines, notamment, qui favorisent l’endormissement. «Ces somnifères ne devraient être utilisés qu’en cas d’insomnies temporaires, souligne le docteur Haba Rubio. Car ils provoquent une accoutumance.» C’est pourquoi le Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil a mis au point une thérapie cognitivo-comportementale ciblée sur le sommeil et… sans effets secondaires: «Si nous dormons mal plusieurs nuits de suite, le cerveau ne reconnaît plus le lit comme lieu de repos, explique le médecin du CHUV. Survient alors une angoisse du sommeil qui induit un cercle vicieux, voire infernal.» Cette thérapie vise à réapprendre au cerveau à dormir. Pour des nuits paisibles, et des journées pleines d’entrain.

Biographie

Copyright: AllTheContent/José Haba Rubio

Avec le docteur José Haba Rubio, médecin cadre au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)
Après des études de médecine et une spécialisation en neurologie effectuées en Espagne, en Belgique et en France, le docteur Haba Rubio s’est intéressé à la recherche sur le sommeil. A la fin de ses études, il a travaillé dans différents centres de sommeil, à Strasbourg et à Genève. Ses principaux centres d’intérêt sont les mouvements anormaux pendant le sommeil et le rapport entre troubles nocturnes et maladies cérébrovasculaires.

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