Copyright: AllTheContent / Pixabay - Face à la surenchère de stress, la vie au ralenti suscite un intérêt croissant.

Copyright: AllTheContent / Pixabay – Face à la surenchère de stress, la vie au ralenti suscite un intérêt croissant.

S’ancrer dans le présent par la méditation ou la relaxation permet de puiser une certaine force. Face à la surenchère de stress, cette vie au ralenti ou en pleine conscience suscite un intérêt croissant. Qu’en est-il du cerveau à proprement parlé? Devient-il « zen » jusque dans sa biologie?

En Occident, les méthodes de recentrage, de méditation ou de relaxation sont pour la plupart utilisées afin de diminuer l’impact du stress. Avoir à portée de main son îlot d’ancrage s’avère bien utile pour faire face aux exigences du quotidien. Le bien-être inestimable qui en découle justifie souvent, à lui seul, la démarche. L’expérience méditative ou de ressourcement reste éminemment personnelle. Certains la lient avec la spiritualité, tandis que d’autres se bornent à l’employer pour la détente.

Bienfaits concrets

Dans une pratique méditative, la difficulté est de corréler les sensations subtiles rencontrées à la réalité du cerveau. En ce qui concerne le corps, l’effet est plus simple à mesurer. Le bien-être généré crée rapidement des sensations physiques perceptibles telles que la régulation de la respiration, des émotions ou l’abaissement du rythme cardiaque. Conscient des bienfaits de la médiation sur la santé mentale, le monde médical a fait sienne la technique de pleine conscience dans des visées thérapeutiques. «Le bénéfice peut s’inscrire encore plus en profondeur avec la production d’hormones et la concentration d’anticorps, relève Yann Cojan, chercheur de l’Université de Genève. Sans oublier l’hypnose qui sert notamment dans le contrôle de la douleur pour les grands brûlés.»

Amalgame fréquent

Les vertus d’une plus grande présence à soi sont indéniables. Elles ne sont toutefois que la partie visible de l’iceberg. Il reste à les relier à la réalité plus mystérieuse du cerveau. On aurait naturellement tendance à attribuer ces moments de parenthèses à un rythme du cerveau plus lent. Or, il n’en est rien. «Dans les faits, le ralentissement psychomoteur n’a aucune action sur le rythme de connexion entre les neurones, commente le scientifique. Le principe est qu’une fois le message lancé, sa vitesse reste invariable que l’on soit en état de veille ou pas. Cette perception de lenteur est erronée. Elle naît d’un amalgame entre les sensations éprouvées et la chimie du cerveau. Un état de détente peut être faussement interprété comme un moment raccourci. Lors des recherches sur l’hypnose, nos volontaires rapportent fréquemment des décalages, des distorsions temporelles ou font état d’une perte de contrôle. Or, paradoxalement, c’est tout le contraire que nous avons mis en évidence. L’état de veille sous hypnose potentialise plutôt l’hyper-contrôle, aux antipodes du côté spectaculaire drainé par cette discipline. Dans la réalité, les gens ne partent pas comme cela. On se situe plus ici dans l’ordre de la croyance et de l’autosuggestion que de la fonctionnalité réelle du cerveau.»

Traçabilité

Copyright: AllTheContent / Pixabay – La détente permet de laisser tomber les barrières mentales.

A un certain degré toutefois, lors de méditations profondes et en cas de forte prédisposition, l’individu peut accéder à des états de conscience modifiée. «Dans ces cas, les imageries du cerveau ont montré des changements biologiques et physiologiques bien réels, précise Yann Cojan. Néanmoins, les sujets qui se sont prêtés au jeu de ces électro-encéphalogrammes, présentent souvent des aptitudes hors du commun que cela soit en méditation ou en hypnose. On les appelle du reste des virtuoses pour souligner à quel point, ils se situent hors de la norme. Pour l’heure, on ne peut pas généraliser ces expériences menées sur quelques-uns, à une pratique de la méditation par exemple.»
Un autre avantage du lâcher prise est celui de favoriser une meilleure connectivité du cerveau. Dans cet état, il se montre plus réactif, plus réceptif et accepte mieux les propositions. De nouvelles idées peuvent naître. «La détente permet d’être moins crispé sur les enjeux, de se montrer plus fluide, de laisser tomber les barrières mentales, explique le chercheur. La pensée s’organise différemment, en créant de nouvelles associations essentiellement verbales pouvant accroître la créativité. Cela reste toutefois sans incidence sur les fonctions logiques ou rationnelles.»

Comme un sportif

Tout est accessible à la conscience. C’est pourquoi il est difficile de trier entre la part de fantasmes et de vécu. «On sait que les sujets facilement hypnotisables sont aussi ceux qui ont tendance à rêvasser, à se déconnecter souvent de la réalité, poursuit le spécialiste. Certains avancent même que l’on fait de l’hypnose naturellement dans la vie de tous les jours, à la faveur de moments où l’on débranche. Les états de profondeur qu’ils soient légers, avancés, voulus ou subis, n’influencent pas le résultat en définitive. Ainsi, celui qui poursuit une pratique méditative peut être vu comme un sportif, qui à force d’entraînements, parvient à créer une masse musculaire qui n’existait pas avant. Nous pouvons même supposer qu’à terme, avec une pratique régulière et assidue, il puisse atteindre un degré de virtuosité.»

Les limites de la recherche

Ce type de recherches sur le cerveau reste très compartimenté pour l’heure. Plusieurs facteurs l’expliquent. D’un côté, les notions telles qu’hypnose, transe, méditation ne s’étayent pas sur un consensus scientifique avec des méthodes universellement partagées. Et de l’autre, il n’existe pas au niveau physiologique de marqueur qui atteste de l’entrée d’un état d’hypnose ou de méditation comme dans les phases du sommeil. «Nous limitons nos recherches sur un aspect plus fonctionnel en laissant de côté les parts culturelles, individuelles, les croyances impossibles à intégrer dans un protocole scientifique, conclut Yann Cojan. Nous espérons pouvoir dépasser ces particularismes, afin de trouver une théorie scientifique qui permettrait de décortiquer ces phénomènes à plus large échelle.»


Avec Yann Cojan, chercheur au Laboratoire de neurosciences de l’Université de Genève
Yann Cojan est chercheur au Département de neurosciences de l’Université de Genève dans le laboratoire de neurologie et d’imagerie cognitive (Labnic). Avec d’autres scientifiques genevois, il est à l’origine de travaux importants qui ont mis en lumière certains mécanismes cérébraux de l’état hypnotique, dont des effets neuronaux spécifiques au pouvoir de suggestion.

FBR/AllTheContent

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